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Deux comptes-rendus de livres

Alain Cugno, Comment faut-il s’y prendre pour vivre ? L’Iconoclaste, 2014.

par Jano Xhenseval

Revue Études, février 2015

Aucun compte ne peut être rendu de ce très beau livre sans parler de l’extrême gratuité du vol de libellule. Car il s’agit bien d’un vol qui nous émerveille autant par sa précision à se déplacer que par sa précision à se poser, là où rien ne laissait pressentir son projet – sinon l’intimité et son inutilité.

Alain Cugno avait déjà écrit Le philosophe et la libellule et ici, dans ce moment subtil entre l’apparition et l’absence, il nous invite à fréquenter le réel avec la familiarité des anges. Il nous faudra parcourir par petits bonds ces prairies intimes au fil des pages, au gré des herbages, ces étendues d’âme, ces terrains vagues, ces battements de ciel, pour entendre : « Il était une fois un ange… ». Et l’histoire sera la nôtre. Parler de la proximité des anges ? Mais qui sont-ils ? Il faut visiter ces feuilles translucides, ces vibrisses de l’esprit, pour que soit autorisée leur rencontre. « Ce n’est pas une preuve », disait Paul Beauchamp, « car ce n’est rien d’extérieur. »

Voici de la philosophie à vol d’oiseau avec sa profondeur, c’est-à-dire sa simplicité. Une liturgie des sources qui rafraîchit les sens. Ce voyage n’a rien d’un itinéraire ou d’un livre de recettes, mais pourrait dire comme la guêpe de Francis Jammes : « Je ne savais plus ce que je faisais parce que je le faisais. »

François Cheng, De l’âme, Albin-Michel, 2016.

par Jano Xhenseval

Revue Études, janvier 2017

Parler de l'âme, c'est aussi naturel pour François Cheng que de parler de l'aube et de sa légèreté. Il y a sept lettres qui nous disent cela au jour le jour et dans la gravité du moment. Elles requièrent de la part du lecteur la même présence, la même fidélité à la mémoire que celle de l'auteur. Merci à François Cheng de partager ces lettres intimes, son chemin vers la source, sans que le lecteur ne se sente jamais distancé.

En parcourant ces fragments de vie, on est saisi par la même interrogation : Où est l'âme vers laquelle nous cheminons tous ? Et qui est-elle ?

Lire dans la suite des jours... l'ordre nous en est dévoilé dans la précarité du moment et de leur bouleversante vérité et avec un ultime recours : la grâce de l'oubli ! Cette correspondance intime ne nous laisse jamais seul.

Sept lettres vivantes. Un accord secret sur l'imprévisible mouvement... Quelque chose d'irréversible au cœur du réel.

La faveur des étoiles est de nous inviter à parler,
de nous montrer que nous ne sommes pas seuls,
que l'aurore a un toit et mon feu tes deux mains.

René Char, La nuit talismanique

Ouvrez ce merveilleux livre avec la même impatience de réponse que celle qui a provoqué cette rencontre de François Cheng avec sa mystérieuse correspondante.