Une vie dédiée à l’art
Jeanne (Jano) Xhenseval (1), originaire de Belgique, est née à Liège le 25 mai 1935.
Dès l’âge de 13 ans, Jano entre aux Arts Décoratifs de Liège, puis aux Beaux-Arts de Bruxelles. Elle arrive à Paris en 1955, à 19 ans, et poursuit sa formation au Louvre, où elle croise de grands artistes, tels Jean Bazaine, Le Corbusier, Maurice Ohana, mais aussi des jésuites : André Bouler, et surtout le sculpteur Jean-Marie Tézé.
À la faveur de ses dix-neuf déménagements, Jano mène alors une vie d’itinérance, transportant de mansardes à greniers, souvent sur ses patins-à-roulettes, son immense chevalet bariolé de multiples couches de peinture superposées… pour être recueillie enfin dans un lieu de rêve, dans le XVème arrondissement de Paris : l’ancien atelier du peintre Alphonse Osbert. C’est là que Jano accueillera joyeusement des centaines d’amis, des enfants aussi, à qui elle apprend « l’enfance de l’art » (2).
Les oiseaux et les fleurs y charment ses heures de solitude.. « Il y a quelque chose de la calandrelle, dit-elle, qui se promène dans l’atelier »…, « quelque chose de futile pour le temps, d’important pour l’âme » (3). Elle admire la légèreté du passage furtif de cette petite alouette avec « le message existentiel » de son chant – « tsisisivouitsivouithiou » : elle ne peut le produire en dehors de son environnement naturel, qui lui est vital.
Jano est artiste de la surprise : elle a pour ses hôtes mille récits de ses aventures. Toute matière lui sert de support pour peindre : non seulement des toiles, mais aussi des boites d’allumettes, des morceaux de carton, des parasols, des tissus et vêtements, de magnifiques reliures de livres, etc. Elle réalise des céramiques, et aussi des tapisseries, formée en cet art à l’école des maîtres des célèbres ateliers de tissage Plasse Le Caisne à Gleize.
Jano confie : « Le monde aura besoin de mes yeux pour refaire ses couleurs (ajoutons : ses formes aussi), besoin de mon âme pour s’en détacher ». La peinture de Jano est « un rayonnement du sensible », à la mesure de cet art dont parle Jean-Marie Tézé (4). L’élément minéral ou végétal (arbres), le ruissellement des sources semblent naître d’un incoercible désir de ranimer le monde de cette origine irradiante intérieurement, de conjurer le poids de souffrance de notre existence terrestre… Ainsi les couleurs surgissent, les formes même, à l’instar de la frêle soldanelle de nos montagnes à la corole dentelée de givre, comme frangées de cette lumière initiale, « nacelle de l’âme », selon la jolie expression de Jano : rose de l’aurore, vert du rêve, bleu du ciel, braise du feu ardent, violet de la mélancolie, auréolées de ces éclats de neigeuse blancheur ou d’or divin… Des ailes d’oiseaux ou d’anges s’y glissent furtivement…
Cette peinture, souvent à double lecture, nous fait voyager entre ciel et terre, nous laissant emmener en pérégrination par le regard profondément contemplatif de Jano sur l’ineffable splendeur de la création. Les dessins de Jano sont tantôt d’une sublime douceur, tantôt d’une immense mélancolie, mais témoignent toujours d’une présence profonde, de la surprise d’un amour… Ne pourrait-on les voir germer déjà dans sa petite enfance, dans le creuset de son admiration pour la finesse et la précision des dessins de son père architecte, dont elle gardait quelques témoins comme des trésors ? Jano a créé aussi de splendides vitraux où, reprenant la contemplation du cristal, les couleurs font chanter la lumière, et la lumière fait chanter les couleurs. Elle s’est formée dans ce domaine au contact des maîtres-verriers de Chartres.
Issue d’une famille passionnée de musique (son père jouait du violon), Jano était aussi très sensible à la musique, et, plus précisément, au chant : elle aimait chanter, écouter les voix, au concert ou au disque, et elle a noué des liens d’amitié avec quelques jeunes chanteurs talentueux qui venaient chanter dans son atelier... Le chant, c’était aussi pour elle celui des oiseaux ! Elle savait les reconnaître par leur chant, et avait acquis une vraie compétence dans le domaine de l’ornithologie. Les couleurs du plumage des oiseaux, les formes des ailes déployées ou encore les courbes de leur vol n’échappaient pas à son œil de peintre…
Jano est décédée chez elle, dans le XVème arrondissement de Paris, le 9 juillet 2023, d’un arrêt cardiaque ; elle repose au cimetière parisien de Bagneux, section 87. Mais son rayonnement demeure…
Dès l’âge de 13 ans, Jano entre aux Arts Décoratifs de Liège, puis aux Beaux-Arts de Bruxelles. Elle arrive à Paris en 1955, à 19 ans, et poursuit sa formation au Louvre, où elle croise de grands artistes, tels Jean Bazaine, Le Corbusier, Maurice Ohana, mais aussi des jésuites : André Bouler, et surtout le sculpteur Jean-Marie Tézé.
À la faveur de ses dix-neuf déménagements, Jano mène alors une vie d’itinérance, transportant de mansardes à greniers, souvent sur ses patins-à-roulettes, son immense chevalet bariolé de multiples couches de peinture superposées… pour être recueillie enfin dans un lieu de rêve, dans le XVème arrondissement de Paris : l’ancien atelier du peintre Alphonse Osbert. C’est là que Jano accueillera joyeusement des centaines d’amis, des enfants aussi, à qui elle apprend « l’enfance de l’art » (2).
Les oiseaux et les fleurs y charment ses heures de solitude.. « Il y a quelque chose de la calandrelle, dit-elle, qui se promène dans l’atelier »…, « quelque chose de futile pour le temps, d’important pour l’âme » (3). Elle admire la légèreté du passage furtif de cette petite alouette avec « le message existentiel » de son chant – « tsisisivouitsivouithiou » : elle ne peut le produire en dehors de son environnement naturel, qui lui est vital.
Jano est artiste de la surprise : elle a pour ses hôtes mille récits de ses aventures. Toute matière lui sert de support pour peindre : non seulement des toiles, mais aussi des boites d’allumettes, des morceaux de carton, des parasols, des tissus et vêtements, de magnifiques reliures de livres, etc. Elle réalise des céramiques, et aussi des tapisseries, formée en cet art à l’école des maîtres des célèbres ateliers de tissage Plasse Le Caisne à Gleize.
Jano confie : « Le monde aura besoin de mes yeux pour refaire ses couleurs (ajoutons : ses formes aussi), besoin de mon âme pour s’en détacher ». La peinture de Jano est « un rayonnement du sensible », à la mesure de cet art dont parle Jean-Marie Tézé (4). L’élément minéral ou végétal (arbres), le ruissellement des sources semblent naître d’un incoercible désir de ranimer le monde de cette origine irradiante intérieurement, de conjurer le poids de souffrance de notre existence terrestre… Ainsi les couleurs surgissent, les formes même, à l’instar de la frêle soldanelle de nos montagnes à la corole dentelée de givre, comme frangées de cette lumière initiale, « nacelle de l’âme », selon la jolie expression de Jano : rose de l’aurore, vert du rêve, bleu du ciel, braise du feu ardent, violet de la mélancolie, auréolées de ces éclats de neigeuse blancheur ou d’or divin… Des ailes d’oiseaux ou d’anges s’y glissent furtivement…
Cette peinture, souvent à double lecture, nous fait voyager entre ciel et terre, nous laissant emmener en pérégrination par le regard profondément contemplatif de Jano sur l’ineffable splendeur de la création. Les dessins de Jano sont tantôt d’une sublime douceur, tantôt d’une immense mélancolie, mais témoignent toujours d’une présence profonde, de la surprise d’un amour… Ne pourrait-on les voir germer déjà dans sa petite enfance, dans le creuset de son admiration pour la finesse et la précision des dessins de son père architecte, dont elle gardait quelques témoins comme des trésors ? Jano a créé aussi de splendides vitraux où, reprenant la contemplation du cristal, les couleurs font chanter la lumière, et la lumière fait chanter les couleurs. Elle s’est formée dans ce domaine au contact des maîtres-verriers de Chartres.
Issue d’une famille passionnée de musique (son père jouait du violon), Jano était aussi très sensible à la musique, et, plus précisément, au chant : elle aimait chanter, écouter les voix, au concert ou au disque, et elle a noué des liens d’amitié avec quelques jeunes chanteurs talentueux qui venaient chanter dans son atelier... Le chant, c’était aussi pour elle celui des oiseaux ! Elle savait les reconnaître par leur chant, et avait acquis une vraie compétence dans le domaine de l’ornithologie. Les couleurs du plumage des oiseaux, les formes des ailes déployées ou encore les courbes de leur vol n’échappaient pas à son œil de peintre…
Jano est décédée chez elle, dans le XVème arrondissement de Paris, le 9 juillet 2023, d’un arrêt cardiaque ; elle repose au cimetière parisien de Bagneux, section 87. Mais son rayonnement demeure…
Références
(1) Son nom se prononce « Enseval », la graphie « xh », propre au wallon de la région de Liège, étant muette ; Jano racontait que son nom signifiait quelque chose comme « petite vallée tordue »…
(2) S. René, B. Boivineau et André Bouler, Petite méthode pour accompagner les enfants dans la peinture, éd. La Bergerie, 1959.
(3) Jano Xhenseval, « Éternel retour », Supplément à La Vie du 6 mars 2003.
(4) Jean-Marie Tézé, dans Christus N° 67 sur « L’art et la Foi », « La gloire du sensible ».
(2) S. René, B. Boivineau et André Bouler, Petite méthode pour accompagner les enfants dans la peinture, éd. La Bergerie, 1959.
(3) Jano Xhenseval, « Éternel retour », Supplément à La Vie du 6 mars 2003.
(4) Jean-Marie Tézé, dans Christus N° 67 sur « L’art et la Foi », « La gloire du sensible ».
L’atelier de la rue Alain Chartier, Paris 15e
À la fin des années 1980, Jano s’est installée dans une partie de l’ancien atelier du peintre symboliste Alphonse Osbert, au 9 rue Alain Chartier, Paris 15e.
Disciple de Puvis de Chavannes et auteur des grandes fresques qui ornent encore le hall du Centre thermal des Dômes de Vichy, Osbert y a vécu de 1880 jusqu’à sa mort, le 11 août 1939.
Jano a connu sa fille, Yolande Osbert, qui occupait l’autre partie de l’atelier, et y est décédée à 95 ans, le 7 octobre 1990.
Elle a aussi assisté à l’emballage et à l’expédition des œuvres d’Osbert conservées à l’atelier, et données en 1992 au musée d’Orsay.
Jano a peint en ce lieu jusqu’en 2018 ; elle y a aussi vécu, dans un petit espace aménagé en mezzanine.
C’était déjà un progrès : à son arrivée dans ce lieu, le sol était en terre battue et l’hiver, l’eau gelait dans les tuyaux avant d’arriver au robinet…
Au début des années 2000, Jano a obtenu un logement dans une HLM proche, rue de Javel : à partir de cette date, elle se rendait chaque jour à l’atelier, où elle passait toutes ses journées à peindre, à recevoir ses amis – mais aussi à jardiner, car l’atelier était doté d’un petit jardin dont Jano prenait grand soin, et qui restait pour elle une source permanente d’émerveillement et d’inspiration.
Disciple de Puvis de Chavannes et auteur des grandes fresques qui ornent encore le hall du Centre thermal des Dômes de Vichy, Osbert y a vécu de 1880 jusqu’à sa mort, le 11 août 1939.
Jano a connu sa fille, Yolande Osbert, qui occupait l’autre partie de l’atelier, et y est décédée à 95 ans, le 7 octobre 1990.
Elle a aussi assisté à l’emballage et à l’expédition des œuvres d’Osbert conservées à l’atelier, et données en 1992 au musée d’Orsay.
Jano a peint en ce lieu jusqu’en 2018 ; elle y a aussi vécu, dans un petit espace aménagé en mezzanine.
C’était déjà un progrès : à son arrivée dans ce lieu, le sol était en terre battue et l’hiver, l’eau gelait dans les tuyaux avant d’arriver au robinet…
Au début des années 2000, Jano a obtenu un logement dans une HLM proche, rue de Javel : à partir de cette date, elle se rendait chaque jour à l’atelier, où elle passait toutes ses journées à peindre, à recevoir ses amis – mais aussi à jardiner, car l’atelier était doté d’un petit jardin dont Jano prenait grand soin, et qui restait pour elle une source permanente d’émerveillement et d’inspiration.
Le jardin de l’atelier
Deux magnifiques rosiers-lianes bordaient l’allée dallée qui, depuis le portail métallique du 9 rue Chartier, conduisait au petit jardin de Jano.
Très exigu, il abritait cependant une extraordinaire variété de fleurs, que Jano connaissait admirablement : chacune avait une histoire…
C’était pour elle, et pour ses visiteurs, un objet permanent de contemplation, et aussi d’observation : car tous les insectes, et aussi les oiseaux, y étaient bienvenus, et s’y trouvaient chez eux.
En décembre, l’arbre était transformé en sapin de Noël, et Jano ne gardait pas rancœur aux corneilles qui le saccageaient parfois…
Très exigu, il abritait cependant une extraordinaire variété de fleurs, que Jano connaissait admirablement : chacune avait une histoire…
C’était pour elle, et pour ses visiteurs, un objet permanent de contemplation, et aussi d’observation : car tous les insectes, et aussi les oiseaux, y étaient bienvenus, et s’y trouvaient chez eux.
En décembre, l’arbre était transformé en sapin de Noël, et Jano ne gardait pas rancœur aux corneilles qui le saccageaient parfois…